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Prostitution : peut-on l'abolir par la loi ?

Émission du 14/10/2014

Sommaire

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    Résumé

    Ancienne prostituée, Rosen Hicher est arrivée ce dimanche à Paris après une marche de 800 km à travers la France pour défendre la proposition de loi contre la prostitution. Ce texte, adopté à l’Assemblée nationale, mais bloqué au Sénat depuis décembre 2013, veut pénaliser les clients. Elle est l’invitée de C à dire ?!.

    Vous avez commencé cette marche à Saintes, là où vous avez décidé d’arrêter le métier. C’était en 2009, et depuis vous militez contre la prostitution. Est-ce que vous avez eu un déclic il y a cinq ans ? "Lorsque j’ai arrêté en 2009, j’ai eu une sorte de révélation. Un miracle parce que j’ai cherché pendant dix ans le pourquoi j’étais tombée dedans, le comment j’allais faire pour en sortir, puis je me suis levée un matin et j’ai tout arrêté, d’un seul coup. Donc je pense que mon cerveau avait dû se remettre à l’endroit quand même".

    Si l’on revient sur votre parcours, en mars 1988 vous avez perdu votre emploi, les factures se sont accumulées et vous êtes tombée sur une petite annonce dans le journal : "bar cherche hôtesse.  Fixe plus pourcentage". "Exactement mais le pire dans tout cela c’est que j’ai tout de suite compris et j’y suis quand même allée. Cela a été je tombe dedans, je réponds à l’annonce, j’y vais et j’y reste. J’étais partie pour quinze jours ou trois semaines, j’y suis restée vingt-deux ans."

    "Au départ, mon entourage n’était pas au courant. C’est quelque chose que j’ai gardé secret, qui faisait partie de ma vie d’à côté. J’avais ma vie de famille et ma vie de prostituée. Je pensais que rien ne se mélangeait et je pensais bien la gérer. En fait, je ne la gérais pas du tout parce qu’en fait c’est ingérable".

    « C’est vrai que je suis tombée dedans et que je n’ai jamais eu de proxénète qui m’a enfermé dedans, mais j’étais mon propre proxénète ».

    Pour définir le métier, vous dites :  "le mec te viole, mais ensuite il te dédommage". "Oui, c’est exactement cela. Dans la prostitution, il y a la prostituée et le client. Le client donne l’argent, et pour lui c’est se dédommager de toute la violence qu’il va faire subir à la prostituée. On n’a pas du tout les mêmes désirs : il y en a un qui veut de l’argent, l’autre du sexe.  Ce n’est pas du tout une relation d’égal à égal, ce n’est pas du tout une relation désirée. C’est une fois que l’on sort de la prostitution, il faut un peu de temps, que l’on se dit avec du recul : mais comment j’ai pu faire cela. Et puis il y a les factures qui s’accumulent. Je me suis retrouvée sans gaz pendant un an et demi, avec des coupures d’électricité, expulsée de mon logement pour loyer impayé, mais jamais je n’ai pensé faire appel à un client. Et aujourd’hui pour tout l’or de la terre, je ne le ferais plus. Mon corps, j’ai appris à le respecter".

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