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Pourquoi et comment changer de prénom ?

Émission du 19/05/2016

Sommaire

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    Résumé

    Axel de Tarlé reçoit le sociologue Baptiste Coulmont, auteur de Changer de prénom. De l'identité à l'authenticité.

    Le gouvernement veut faciliter la procédure pour changer de prénom. On ne sera plus obligé de passer par le tribunal. On est parfois ébahi quand on voit les prénoms de certains enfants. Existent-ils vraiment ? "Il n'y a plus de contrôle de l'officier d'état civil. S'il pense qu'il y a un problème, il avertit le procureur. Si le procureur pense qu'il y a un problème, il saisit le juge. Les officiers d'état civil sont confrontés à 100 000 naissances chaque année. Ils ne vont pas avertir le procureur à chaque fois qu'ils trouvent un prénom dérangeant".

    On a l'impression qu'il y a une créativité sans limite ! Autrefois, dans les classes, tout le monde s'appelait pareil. "Autrefois, un prénom, c'était un uniforme. On en héritait. Il représentait la lignée. Aujourd'hui, le prénom est un vêtement créé sur mesure par les parents. Il y a beaucoup plus de diversité, même s'il y a des tendances et des modes. Certains parents appellent leur petit garçon Hugo et s'aperçoivent ensuite que c'était l'année des Hugo".

    Comment est la vie lorsque l’on s'appelle Merdive ? "Ce n'est pas difficile si c'est un prénom d'un autre pays. Sinon, peut-être que l'enfant cherchera à changer de prénom par la suite".

    Est-ce que cela facilite la vie un bon prénom ? "Oui, à condition d'avoir un nom de famille distinctif. Certaines personnes changent parce qu'elles ont un prénom trop commun, par exemple Jean-Claude. Il faut aussi pouvoir montrer l'usage prolongé d'un autre prénom. Monique peut changer de prénom si on l'appelle Isabelle tous les jours".

    Est-ce que la motivation première est de gommer ses origines et de franciser son nom ? "La première motivation, c'est un changement culturel d'identité nationale. On passe d'un prénom étranger à un prénom français, ou l'inverse".

    Certains qui s'appellent Eric sont d'origine maghrébine et veulent redevenir Khaled ? "Oui, c'est pour se rapprocher de ses origines. C'est un mélange de rapport à l'identité nationale, à la religion, mais aussi de conflits familiaux. C'est important d'être en adéquation avec l'univers dans lequel on baigne".

    Le prénom dit beaucoup de soi-même. Son âge, par exemple ? "Beaucoup de Nathalie sont nées vers 1966".

    Dans quelques années, reverra-t-on des Monique en cours préparatoire et des Raymond ? "Oui, on verra aussi des Simone ou des Monique, lorsque les personnes n'auront pas en tête l'idée que c'est un prénom de grand-mère ou d'arrière-grand-mère qu'elles n'ont pas connue".

    Certaines personnes changent aussi de prénom pour se rajeunir. Une Catherine est devenue Léa. "Les 3/4 des personnes qui changent de prénom prennent un prénom plus jeune".

    Dans ce livre, à partir du prénom, vous pouvez prédire la mention que cette personne aura au baccalauréat. "On ne le fait pas pour chaque personne, mais on sait que certains prénoms sont associés à une plus grande quantité de mentions bien ou très bien que d'autres prénoms".

    Combien de gens changent de prénom chaque année ? "Environ 2800. Parce qu'il faut faire appel à un avocat. Il faut attendre quelques mois pour qu'il y ait une audience et que le juge se prononce".

    Quelles pièces faut-il verser ? "Il faut des attestations d'amis. Par exemple, une amie dit qu'elle connaît Josette sous le prénom de Paula depuis très longtemps. Vous pouvez produire vos cartes postales ou vos cartes d'adhésion à des cinémas".

    Vous parliez tout à l'heure d'un côté mode pour le prénom. Ne va-t-on pas changer de prénom comme de chemise ? "Dans les pays où c'est facile de changer de prénom, il y a beaucoup plus de gens qui changent de prénom, mais beaucoup de gens gardent aussi leur propre prénom".

    Est-ce que le prénom a plus d'importance aujourd'hui que par le passé ? "Oui, parce qu'on s'appelle beaucoup plus par le prénom, aujourd'hui. Dans les manières de bonne famille, jadis, il était interdit d'appeler son cousin par son prénom. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les professeurs des écoles, aujourd'hui, sont appelés par leur prénom. Dans les jeux télévisés, on appelle les candidats par leur prénom. Les spectres d'usage du prénom se sont développés. Les personnes ont le sentiment de les avoir sur eux".

    N’a-t-on pas de problèmes administratifs quand on change de prénom ? "C'est parfois justement parce qu'on a des problèmes administratifs qu'on change de prénom. Il faut donc faire ce travail d'établissement d'une seule individualité. Une fois que vous avez changé de prénom, il y a un gros travail à faire car il faut changer tous vos papiers. La carte Vitale, le passeport, les diplômes, les fiches de paye... C'est un gros travail et c’est pour cela que les gens ne le font que lorsqu'ils sont vraiment prêts à vivre avec leur nouveau prénom".

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