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Mali : quels enjeux ? Quelles perspectives ?

Émission du 28/01/2013

Sommaire

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    Résumé

    Après avoir fait tomber Tombouctou et Gao, deux villes stratégiques du nord du Mali abandonnées par les groupes islamistes armés, à quoi doivent s’attendre les troupes françaises ? L’analyse d’Antoine Sfeir, directeur des Cahiers de l’Orient et auteur de L'Islam contre l’islam.

     

     

     

     

     

     

    Soldats français et maliens sont entrés ce lundi 28 janvier dans la cité mythique de Tombouctou, sous les cris de joie des habitants, après des mois d'occupation par des islamistes armés qui avaient pris la fuite. Mais quelles sont les véritables forces de ces rebelles ? L’opération Serval risque-t-elle de se transformer en guérilla ? Selon Antoine Sfeir, ces islamistes armés qui ont fui la ville de Tombouctou, "des djihadistes, pas de pacotille, mais ils ont perdu leurs armes, leurs chars, à cause de l’aviation française. Tout cela a été détruit,  ils sont partis dans le désert qui est leur pays naturel, et ils sont coincés aujourd'hui, car en même temps la frontière algérienne est fermée, la frontière, quoique poreuse, est fermée avec la Mauritanie. Bien entendu, la marge de manœuvre est très réduite pour ces djihadistes donc ils sont un peu coincés, et là il y a un risque de les voir se livrer à des attentats kamikazes."

    "Que la foudre s’abatte sur moi et sur mon ennemi". Voilà ce qu’ils vont suivre comme proverbe. Ils vont essayer d’y aller, sauf que maintenant il y a déjà des Touareg qui se retirent de la coalition parce qu’ils sont prêts à aider la France. Ils pensent que la France pourra agir plus tard sur le gouvernement malien qui leur donnerait une partie d’autonomie dans leur pays qui est le Nord-Mali", ce qui a provoqué la scission du mouvement touareg.

    Par ailleurs, il faut comprendre que "ces djihadistes appartiennent à un mouvement, une école juridique et idéologique,  qui est un peu le père naturel de ce que l’on appelle nous les islamistes et dont les plus rigoristes sont les wahhabites qui règnent au Qatar et en Arabie. Donc, derrière ces mouvements islamistes, il y a l’argent de l’Arabie Saoudite, mais pas seulement. Il y aussi la prédication, l’idéologie. L’Arabie Saoudite et la Qatar sont wahhabites, ce sont les deux seuls pays qui le sont. Là-bas, la constitution, c’est le Coran. La loi pénale et civile, c’est la loi islamique, la charia. Et dans l’interprétation de la charia de cette école juridique et théologique, on doit couper les mains des voleurs, on doit lapider à mort une femme adultère, etc.", explique notre invité.

    Interrogé enfin sur la situation en Egypte, en proie à une nouvelle flambée de violence dans le sillage du second anniversaire de la révolution et de la condamnation à mort de vingt et une personnes dans le cadre d’un procès, Antoine Sfeir estime "qu’il y a là trois éléments. Il y a Monsieur Morsi qui a voulu s’imposer comme étant le président. C’est vrai que depuis 6 000 ans, l’Egypte cherche pharaon et à chaque fois pharaon a été le ciment de l’unité nationale, le symbole. Mais lui, il a divisé, c’est fini, il ne peut plus être pharaon. En réalité, il a réussi à faire l’unité de l’opposition et on va voir les résultats des prochaines législatives." D’autre part, avec ce verdict, "il s’agissait simplement de s’imposer en tant qu’autorité judiciaire. (…) Il fallait reconquérir l’autorité un peu perdue. Sauf qu’ils n’ont pas compté avec les révolutionnaires, ceux qui se sont fait confisquer la révolution, qui se sont réappropriés la rue. Alors qu’en même temps la parole s’est libérée et elle ne peut plus aujourd’hui se taire".

     

    A l’époque des révolutions, "les laïcs n’étaient pas armés" pour prendre le pouvoir. "En Egypte, il y avait d’un côté l’armée et de l’autre les islamistes, les Frères musulmans. En Tunisie, il n’y avait que les Frères musulmans qui allaient dire aux gens si vous votez contre nous, vous votez contre l’islam, et les paysans, les pauvres gens les ont crus dans un premier temps. Mais aujourd’hui, ils sont en train de les abandonner. Entre février 2011 et juin 2011, entre les législatives et les présidentielles, ils ont perdu 25 % de leurs suffrages. Donc tout est possible, et une chose est certaine : aujourd’hui, les révolutions ne sont pas terminées. C’est une suite sans fin et les révolutions ont besoin de temps", conclut Antoine Sfeir.
     

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