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Wernher von Braun

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Wernher von Braun

Il est né en 1912, dans une famille de vieille noblesse prussienne ; chez les von Braun, on est militaire, ou on fait de la politique. Son père, le baron Magnus von Braun, sera d'ailleurs ministre de l'agriculture de la République de Weimar. Madame von Braun, elle, se passionne pour les sciences et la musique. Elle offre a son fils un télescope pour regarder les étoiles, et lui fait apprendre le piano et le violoncelle – il restera toute sa vie un musicien accompli, pouvant interpréter de mémoire une fugue de Bach ou une sonate de Beethoven.

Mais le petit Wernher a la tête en l'air. La seule chose qui l'intéresse, ce sont les avions – et, très vite, les fusées. Dès l'âge de 12 ans, il bricole d'improbables engins en assemblant des feux d'artifice, qu'il monte sur des modèles réduits de voiture ou d'avion.

Au début des années 30, alors qu'il poursuit ses études d'ingénieur, il rencontre à Berlin le professeur Hermann Oberth, l'un des pionniers les plus marquants de l'astronautique. Il intègre le groupe de passionnés fondé par Oberth : la « Verein für Raumschifffahrt » (Association pour les voyages dans l'espace), qui lance de petites fusées depuis un terrain vague pompeusement rebaptisé «Racketenflugplatz » – l'aéroport des fusées...

Dès 1932, l'armée s'intéresse aux travaux du groupe d'Oberth, et crée un centre de recherche dédié à leur mise au point. A peine diplômé, Wernher von Braun en devient l'un des responsables ; il le restera après la prise de pouvoir d'Hitler, et jusqu'en 1945...

Wenrher von Braun a-t-il été complice du régime nazi ? Objectivement, oui : il a contribué de manière incontestable au réarmement de l'Allemagne, et a été choyé par le régime. En 1937, il a même adhéré au parti. Dans une lettre manuscrite adressée au secrétariat américain dans les années 50, il reconnaîtra avoir personnellement rencontré Hitler à trois reprises, mais, toute sa vie, niera avoir eu connaissance de la politique d'extermination du régime.

Difficile à croire : en 1942, sa fusée V2 est le premier engin à atteindre les limites de l'atmosphère terrestre ; l'Allemagne nazie est la première puissance au monde à disposer de missiles... Des missiles fabriqués sous le contrôle des SS, par les déportés de l'usine souterraine de Dora-Mittelbau.
En 1945, von Braun est récupéré de façon rocambolesque par l'armée américaine, et exfiltré avec ses principaux collaborateurs et leur famille vers les États-Unis. Il deviendra citoyen américain en 1955.

Lorsqu'il arrive en Amérique, plus personnes ne s'intéresse vraiment aux fusées. L'heure est à la guerre froide, aux bombes atomiques et aux super-bombardiers qui les transportent... Il faudra attendre les premières réussites soviétiques, au milieu des années 50, pour que l'Amérique prenne conscience de l'enjeu : être capable d'expédier des fusées en orbite, c'est avoir le pouvoir de frapper n'importe quel point de la planète avec un missile nucléaire. Mais, même alors, von Braun est tenu à l'écart par le Président Eisenhower, qui n'apprécie pas que le programme spatial américain soit dirigé par un ancien membre du parti nazi.

C'est le succès de Spoutnik, lancé par les Russes en 1957, et l'échec du lancement de Vanguard, son concurrent américain, pour que von Braun revienne sur le devant de la scène. Début 1958, la NASA est créée ; von Braun dirige les recherches sur la propulsion des fusées.

Au début des années 60, l'Union Soviétique garde une avance incontestable dans la course à l'espace. Ce qui va tout changer, c'est un discours ; celui que prononce John Fitzgerald Kennedy devant le Congrès, en mai 1961, dans lequel il lance à la Russie le défi le plus insensé qui soit : la conquête de la Lune avant la fin de la décennie...

Toute l'Amérique va serrer les rangs derrière son Président. La NASA va se voir doter de moyens considérables, et la conquête de la Lune, qui ne représente en soi aucun intérêt militaire, devenir le priorité nationale... Pour y arriver, von Braun va imaginer et construire le plus gigantesque engin volant que l'on ait vu – la fusée Saturn V, haute comme un immeuble de 30 étages... Pari tenu : le 20 juillet 1969, cinq mois avant l'échéance fixée par JFK, la Lune est américaine.

Un an plus tard, von Braun est écarté de la NASA ; les budgets retournent à l'industrie d'armement ; l'espace n'intéresse plus le congrès, obsédé par la guerre au Vietnam. Von Braun se retire à Alexandria, en Virginie, où il mourra, sept ans plus tard, emporté par un cancer.

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