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Les Batailles de la culture

Émission du 17/01/2016

Sommaire

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    Les Batailles de la culture

    Ponctué d’images d’archives, enrichi d’éclairages de spécialistes et de témoignages de ceux qui ont participé à l’aventure – dont Jack Lang –, ce documentaire revient sur la politique culturelle sous la présidence de François Mitterrand. Une politique audacieuse, souvent controversée, mais qui a laissé une empreinte incontestable.
     

    Les Batailles de la culture
    Avec les grands travaux, François Mitterrand souhaite atteindre à la postérité.
    © Image & Compagnie

    Après avoir proclamé, au cours de la campagne pour l’élection présidentielle, que « le socialisme, c’est d’abord un projet culturel », François Mitterrand va s’empresser, dès son accession à la tête de l’État, de placer la création et l’art au cœur de son projet politique. Selon Vincent Martigny, chercheur en sciences politiques, il s’agit là pour le PS « d’une question stratégique qui lui permet de se distinguer des deux adversaires de la gauche socialiste : la droite bien sûr […], mais aussi le parti communiste, traditionnellement attaché à la culture. Le PS veut récupérer cette étiquette de parti de gauche de la culture ». La mission est confiée à Jack Lang, fondateur du Festival de Nancy et ancien directeur du Palais de Chaillot. Les deux hommes s’apprécient, et leur relation va être l’une des clés du succès de la politique culturelle mise en place durant les deux septennats. Le 23 mai 1981, à son arrivée rue de Valois, le nouveau ministre trouve des bureaux vides, mais il ne manque ni d’idées, ni d’énergie. Dès les premières semaines, il imprime son style médiatique et décontracté. Le ministère devient « véritablement une ruche. On crée des dizaines de commissions de travaux de réflexion dans tous les domaines », explique Claude Mollard, chargé de mission, délégué aux Arts plastiques (1982-1986). Jack Lang sait s’entourer de personnes de talent, mais surtout il comprend très vite que l’argent est le nerf de la guerre. Ce sera son premier combat : obtenir une augmentation substantielle du budget qui lui est alloué. Pour ce faire, il inonde le président de notes soigneusement argumentées. Et la stratégie de la plume porte ses fruits. François Mitterrand lui octroie 0,75 % du budget de l’État, contre le 1 % demandé.

    Une révolution culturelle

    Les Batailles de la culture
    © Image & Compagnie

    Dès lors, le ministère de la Culture est sur tous les fronts. Toujours en 1981, pour protéger les librairies indépendantes et défendre une littérature exigeante, Jack Lang fait voter, malgré une forte opposition, y compris dans son camp, la loi sur le prix unique du livre. Une loi qui, pour Vincent Martigny, « est une rupture politique. Elle montre que certains secteurs de l’économie doivent échapper à la loi du marché. D’une certaine manière, on peut dire qu’elle est la première étape vers l’exception culturelle française ». Persuadé que « tout est culture », le flamboyant ministre élargit les subventions à de nouvelles disciplines. On ouvre de nouvelles salles de concert, des écoles de photo, de bande dessinée, de cirque, de mode ou de design. Parallèlement, on assiste à la création de la Fête de la musique ou du cinéma, des Journées du patrimoine, de la Fureur de lire… À droite comme à gauche, des voix s’élèvent pour dénoncer cette démocratisation de la conception même de culture. Pièce maîtresse de la politique de Mitterrand, les grands travaux – de la construction de la pyramide du Louvre à celle de la Bibliothèque nationale de France – soulèveront eux aussi la polémique. Mégalomanie ? Instrumentalisation de la culture ? Vingt ans après la disparition de François Mitterrand, l’historien Pascal Ory, membre du cabinet du secrétariat aux Grands Travaux (1988-1993), pense, lui, que, « grâce à ce duo entre chef d’État et ministre de la Culture, on a eu un moment assez exceptionnel qui a laissé des traces concrètes sans lesquelles notre blues culturel serait bien pire aujourd’hui ».

    Beatriz Loiseau

    Documentaire
    Durée 52’
    Auteure-réalisatrice Yvonne Debeaumarché
    Production Leo Vision, Image & Compagnie, INA, avec la participation de France Télévisions
    Année 2015

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