france5.fr

Donner goût à la lecture : soigner la forme autant que le fond

Emission du
Conso / Vie pratique

Donner goût à la lecture : soigner la forme autant que le fond

Un tiers de français se rêvent écrivains. Plus de onze millions ont déjà écrits un manuscrit pour la plupart en sommeil dans un tiroir. Paradoxalement, ils lisent peu ! A peine plus de 5 heures hebdomadaire pour le pur plaisir, c’est-à-dire hors travail.

Un désamour des français pour la lecture ? Pas si sûr, le livre reste en 1ère place de l'industrie culturelle française. (crédit photo : Sandrine Ergasse) 

Pourtant, à tous ceux qui n’y sont pas encore venus, François Mauriac a donné un des meilleurs arguments en évoquant que la lecture était « une porte ouverte sur un monde enchanté ». A croire que désormais, pas plus qu’au 19ième siècle, l’adage formulé par l’écrivain n’inspire pas.

Comment alors inciter le public à lire ?

Pourquoi lire ? Est-ce que cela vient de l’éducation, de la plus tendre enfance ? Peut-on rattraper les années perdues ? Doit-on être initié par un passionné pour la découvrir, peut-on en trouver le goût par soi-même et qu’est ce qui peut réjouir un lecteur ?

A vrai dire, ces questions n’intéressent qu’un tout petit lot de professionnels du livre ou de férus de lecture. Car le livre a beau être la 1ère industrie culturelle en France (elle représente 20% devant le cinéma ou encore la musique), elle reste à la marge. « Lire, c’est un acte plus engageant qu’allumer la télévision pour voir un film ou passer une CD », me disait par téléphone Hervé Renard, directeur de l’observatoire de l’économie du livre rattaché au ministère de la culture et qui publie chaque année un certain nombre de chiffres concernants entre autres, les habitudes des français en la matière.

Il faut dire que le prix d’un bouquin n’est pas incitatif. Bien que stable sur les dernières années, un livre vaut en moyenne 10€60, contre 6€50 pour un livre numérique.

Du coup, à l’ère du numérique, de plus en plus de lecteurs font le choix de remplacer la bibliothèque conventionnelle par des livres électroniques.

Des auteurs se lancent dans l'édition numérique en solo

Passer par le net, c’est également le choix de certains français qui, désespérés de ne pouvoir atteindre une maison d’édition se lancent dans l’édition numérique en solo. Agnès Martin Lugand en est l’illustre exemple. En la citant il convient de rappeler que son histoire est tout de même peu commune.

Psychologue clinicienne de formation, la jeune femme de 34 ans fait une pause pour élever sa fille. Au bout de deux ans de congé parental, elle concrétise son rêve en se lançant dans l’écriture de son roman. « Je ne voulais pas écrire pour écrire, c’est l’histoire que j’ai imaginé qui m’a donné envie de sauter le pas ». Nous sommes en 2010. Pendant un an, elle se met à écrire sans discontinuer : « J’avais une espèce de logorrhée de l’écriture, il a fallu que j’apprenne à canaliser. »

Au terme de cette année, elle s’entoure. L’affaire devient sérieuse et elle comprend l’intérêt de se faire épauler. C’est avec un coach littéraire qu’elle remanie son texte. De 500 pages, elle passe à 250. Puis, plus confiante, elle envoie par la poste sur manuscrit à 4 maison d’édition. « Sur les 4 je n’ai eu que 2 réponses et aucune proposition. »

En octobre dernier, elle fait le choix de se publier sur internet. Deux mois plus tard, c’était chose faite « Le 26 décembre précisément, ce clic-là, c’était mon cadeau de noël », raconte-t-elle, émue.

Les gens heureux lisent et boivent du café entre très vite dans le classement Amazon des meilleures ventes numériques. Au bout de 3 semaines, elle se hisse à la tête du classement avec 3 000 ventes de son livre qu’elle a tarifé à 2.48 euros. « Un rêve » pour elle qui fait aussi briller les yeux d’un célèbre éditeur. C’est à ce moment-là que Michel Lafon se manifeste.

Aujourd’hui, elle a vendu 85 000 exemplaires papiers et 25 000 versions numériques. Une réussite dont elle est fière.

45% des livres sont vendus en grandes surfaces, 17% en librairie

Si l’histoire d’Agnès ML, d’abord passionnée de lecture est marginale, elle est un bon exemple d’engouement populaire. Le bouche à oreille viral est parfois plus précieux à l’auteur qu’un conseil de libraire. D’ailleurs, qui se rend désormais en librairie pour acheter des bouquins ? Les habitudes de consommations ont changées, et cela touche aussi la culture. Entre le beurre et le fromage, il n’est rare de retrouver un ouvrage dans les caddies de supermarché, puisque 45% des livres sont vendus en grandes surfaces, contre seulement 17% en librairie. (observatoire de l’économie du livre 2012)

Pourtant, selon Jean-Philippe Pérou, libraire indépendant dans une artère populaire du 17ième arrondissement de Paris, lire est aussi et avant tout affaire de partage. « Conseiller le client est au cœur de notre activité commerciale. » Cela passe par une discussion et de l’écoute. Il explique : « Personne n’entrera dans la librairie en disant je n’ai pas l’habitude de lire, mais plutôt j’ai envie de me remettre à lire… Il va donc falloir comprendre ce qu’il attend en sachant par exemple quel est le dernier film qu’il ou elle a vu…»

« On ne vend pas des fichiers PDF ! »

Selon le libraire quelque soit les goûts de chacun, le client vient d’abord chercher « une pause » en passant le pas de sa boutique. « Ils viennent prendre le temps, respirer un peu, profiter d’un endroit calme sans écran et lire nos coups de cœur. » Et pour intéresser le plus grand nombre, Jean-Philippe et son épouse Katia organisent plusieurs fois par mois des rencontres avec les auteurs. C’est un « moment d’échange » qu’ils ont aussi créé avec le collège d’en face. Les collégiens« ont plaisir à lire les livres des auteurs que nous leur proposons pour les questionner par la suite ». Enfin, il insiste sur la fabrication du livre : « on ne vend pas des fichiers PDF ! » lance-t-il pour expliquer qu’un bel objet livre donne l’envie de l’ouvrir pour le parcourir, ne serait-ce que le temps d’une visite.

 

Gaëlle Grandon
@Chrysopolis

Publicité

Crédits