Jean-Thomas Ceccaldi a poursuivi l'an dernier le feuilleton documentaire entrepris en 2008 avec les habitants de Coulommiers, en Seine-et-Marne. Deux nouveaux volets, Face à la crise et Il faut s'entraider*, à découvrir dans Le Monde en face.
L'année 2009 a été éprouvante pour les Columériens de Comme chez nous. Oubliées, pour Nathalie Royer, les heures supplémentaires, alors que, pour Eric Gobard, l'urgence est de sauver son exploitation agricole. Les menaces qui pèsent sur l'hôpital et la fonte du pouvoir d'achat mobilisent, quant à elles, dans les cortèges Jean-Paul Flak et Régis Gérome. Encouragé par Raymond Bocher — formidable prof ! —, le jeune Maxime aura, lui aussi, traversé une année inoubliable : acclamé après le spectacle de fin d'année de sa classe, le collégien est aux anges… Retour avec le réalisateur sur un travail original, qui pourrait couvrir le quinquennat du président Sarkozy. * Titre provisoire.
Entretien avec Jean-Thomas Ceccaldi, réalisateur
Depuis 2008, Jean-Thomas Ceccaldi témoigne du quotidien d'une vingtaine de familles de Coulommiers.
Comment s'est imposée l'idée d'un documentaire au long cours à Coulommiers ? Jean-Thomas Ceccaldi : Placée sous une promesse de rupture et de changement tous azimuts, l'élection de Nicolas Sarkozy a été, à l'origine, le prétexte de ce projet. Il nous semblait intéressant de visualiser ce que les changements annoncés allaient engendrer sur la vie des gens en se concentrant sur un lieu unique et en s'inscrivant dans la durée. De mesurer aussi ce que l'information, nationale et internationale, pouvait avoir comme conséquences sur le quotidien dans une petite ville ordinaire.
A travers quels prismes souhaitez-vous inscrire votre travail ? J.-T. C. : L'ambition est de s'inscrire dans trois niveaux de lecture différents, agencés de manière cohérente et fluide. D'abord un niveau de lecture national et même mondial — illustré en 2009 par la crise économique, la réforme hospitalière ou le sommet de Copenhague. Ensuite, un niveau de lecture local témoignant de ce qu'événements et décisions politiques impliquent pour la ville et ses habitants. Et, enfin, un niveau de lecture plus intime, où peuvent s'exprimer les enjeux à l'œuvre dans la vie de nos protagonistes, que cela soit dans leurs trajectoires professionnelles, leurs cellules familiales ou leur vie personnelle.
Sur quel dispositif vous appuyez-vous pour boucler ces deux 52' ? J.-T. C. : Avec Ketty Rios Palma, l'assistante réalisatrice, nous assurons le suivi éditorial. Après avoir réalisé à la fin 2007 l'enquête préliminaire, elle suit, depuis, « nos » Columériens au quotidien. En ce qui concerne les tournages, notre équipe se résume à celui qui tient la caméra — moi en l'occurrence — et à Jean-Pierre Briat, l'ingénieur du son. Selon les mois, nous tournons à Coulommiers entre cinq à dix jours.
Comment avez-vous choisi les personnes que vous suivez ? J.-T. C. : Quand nous avons commencé à travailler, il nous tenait à cœur d'accompagner la progression de jeunes dans le cadre de l'enceinte scolaire. Avec Ketty Rios Palma, nous sommes donc allés présenter notre projet dans les deux collèges de la ville, où nous avons rencontré toutes les classes de sixième. A partir de là, des personnalités se sont imposées. Puis nous avons élargi le spectre en essayant de trouver des personnes très diverses, pour composer un panel plus large.
Par quoi êtes-vous guidé quand arrive le temps du montage ? J.-T. C. : L'architecture des films repose sur la chronologie des grands événements ayant ponctué l'année. C'est à partir de cela et des temps forts qui ont marqué la vie de ceux que nous suivons que je travaille avec Anne Lorrière, la chef monteuse. Faire des choix dans 180 heures de rushes est souvent un vrai crève-cœur !
Qu'est-ce qui a émergé en 2009 de cette « mini-France » dont vous témoignez ? J.-T. C. : S'inscrire dans la durée permet de pointer les grandes problématiques, mais aussi d'être présent quand la décision politique finit par avoir un effet au niveau du territoire. Pour beaucoup des Columériens que nous suivons, 2009 a débuté avec de nombreuses interrogations. Au fil des mois, j'ai eu l'impression que l'inquiétude s'était estompée pour laisser place à des préoccupations d'ordre environnemental. Repenser sa consommation en favorisant la proximité, en utilisant les énergies renouvelables ou en cultivant son jardin sont autant de manières dont s'emparent les habitants pour retisser du lien et du mieux vivre ensemble. Une tendance dont on pourra mesurer la pérennité si la chaîne nous renouvelle sa confiance pour poursuivre l'aventure en 2010.
Propos recueillis par Christine Guillemeau
Série documentaire Durée 2 x 52' Réalisation Jean-Thomas Ceccaldi Production France Télévisions pôle France 5 / Bonne Compagnie / CNC Année 2009