Vendus environ 20 % plus chers, les produits issus du commerce équitable occupent une place de plus en plus large dans les linéaires de la grande distribution.
Du 9 au 24 mai, la France se met à l'heure de la Quinzaine du commerce équitable. Ce nouveau mode de consommation, que l'on assure respectueux, tient-il vraiment ses promesses pour les petits producteurs des pays du Sud ? Hubert Dubois est allé mener l'enquête, dans la grande distribution en France et en Equateur.
Les produits équitables ne représentent que 0,01 % du commerce mondial. Un chiffre dérisoire qui témoigne de manière encore bien marginale de leur progression dans les pays développés, principalement en Europe et en Amérique du Nord. Rien que pour la France, leur consommation a ainsi fait un bond de 27 % (*) en 2007 ! Estampillés notamment Max Havelaar et vendus environ 20 % plus chers que les produits classiques, jus de fruits, café, chocolat, thé, bananes ou fleurs conquièrent en effet une place de plus en plus large dans les linéaires de la grande distribution. Plébiscité par les consommateurs, cet appétit de citoyenneté, qui ne représente encore que 1 % du chiffre d'affaires des enseignes hexagonales, progresse sans relâche. Une chance, assure Tristan Lecomte, le président d'Alter Eco, qui se souvient : « J'ai démarré en ouvrant une boutique, qui n'a pas marché. Puis une seconde, qui n'a pas marché. J'ai ensuite ouvert un site Internet : il n'a pas marché. Je suis donc allé en grande distribution parce que c'est là que l'on peut réussir en commerce équitable. En atteignant des volumes de vente très significatifs, on a amélioré notre fonctionnement et, aujourd'hui, nous payons significativement plus les producteurs. » Une meilleure rétribution des producteurs des pays du Sud, tel est en effet le credo du commerce équitable, sorti du circuit exclusif des associations solidaires et des magasins spécialisés. Certains, pourtant, comme Artisans du monde, tiennent à rester en retrait, rétifs aux risques contre-productifs de cette exposition grand public : « On voit aujourd'hui, note ainsi Laurent Levard, le délégué général de son réseau de 160 boutiques, que les acteurs de la grande distribution ont en fin de compte le même type de comportement avec leurs fournisseurs de commerce équitable qu'avec leurs autres fournisseurs : ils font des pressions pour que les prix baissent », observe-t-il.
L’équité à petits pas
« Le commerce équitable ne veut pas dire que l'on se fait des cadeaux. Nous sommes une société, nous avons des salaires à payer… »
Car, derrière la façade des bonnes pratiques, qu'en est-il vraiment ? Pour en avoir le cœur net, Hubert Dubois s'est rendu en Equateur. Dans ce petit pays des Andes, les coopératives agricoles sont une bénédiction pour un acheteur comme Stéphane Bloch. Directeur cacao d'un groupe d'import-export suisse, ce dernier parcourt l'Amérique latine pour fournir ses clients : « Le commerce équitable ne veut pas dire que l'on se fait des cadeaux l'un à l'autre. Nous sommes une société, nous avons des salaires à payer, des obligations, nous voulons gagner de l'argent. Nous voulons faire des affaires bénéfiques pour nous et pour les producteurs. » Des affaires, malgré son label, la coopérative Fedecade, un temps en contrat avec l'importateur, n'en fait plus. De mauvaises conditions climatiques ont retardé les récoltes et stoppé net ses commandes : « Le commerce équitable ? Je ne sais pas si j'ai bien compris ou si je me trompe, mais ici on vend à un intermédiaire et après cela tout fiche le camp, lâche, amer, un petit producteur. Pour nous, les pauvres qui travaillons, il ne reste que des miettes. » Le son de cloche est cependant tout autre à la coopérative Fortaleza, qui l'a supplantée. Une fois payés les 3 500 euros annuels de la certification FLO-Cert du label Max Havelaar, les 235 euros de prime versés par tonne de fèves de cacao y font germer le rêve d'une modernisation de l'exploitation. Outre un tarif minimal garanti de leurs récoltes quelles que soient les fluctuations du marché, ce qu'ont gagné les membres de la coopérative est un droit à deux consultations médicales par an ainsi qu'une réduction de 20 % sur l'achat de leurs médicaments. Pas négligeable, mais pas encore le Pérou… Interrogée par le journaliste, Veronica Andino, conseillère du ministre de la Politique économique de l'Equateur, met, elle, bien en perspective les limites du système : « On ne peut pas critiquer le commerce équitable en tant que pratique, mais cela n'est pas suffisant. Si le consommateur achète un produit du commerce équitable, cela va certes aider une petite communauté paysanne, avoir un impact positif sur des petits groupes de la population. Mais les mauvaises actions des politiques de l'Union européenne vont annihiler ces bonnes intentions (**). Si nous ne pouvons pas mettre en œuvre une politique interne d'achats publics qui supporte le renforcement des initiatives d'économie solidaire parce qu'un traité de commerce avec l'Europe nous l'interdit, comment dire alors que l'Europe est en train de promouvoir un développement différent, plus juste ? » Une juste interrogation, qui, elle aussi, n'a pas de prix.
Christine Guillemeau
(*) Source : wwwplanetoscope.com (**) Au moment du tournage, l'Union européenne et l'Union andine avaient entamé les négociations d'un nouveau traité de commerce. Au nom de la libre concurrence préconisée par l'Organisation mondiale du commerce, l'Europe souhaitait imposer aux pays andins l'ouverture de leurs marchés publics.
Documentaire Durée 52' Auteur-réalisateur Hubert Dubois Production France 5 / Cinétévé / RTBF / Planète Année 2008