Promenade d'un soir au musée du Louvre à l'occasion de l'exposition « Titien, Tintoret, Véronèse — Rivalités à Venise », qui se tient jusqu'au 4 janvier 2010. Laurence Piquet propose de découvrir ces grands peintres italiens du XVIe siècle à travers un documentaire qui entraîne les téléspectateurs dans l'âge d'or de la Sérénissime.
En 1575, la république de Venise est la première place marchande du monde. La Sérénissime connaît alors une effervescence unique. Des commerçants de toutes les nations — allemands, slaves, turcs — viennent s'y approvisionner, s'y croisent pour les affaires et le plaisir. L'argent coule à flots dans cette cité qui ne ressemble à aucune autre. Ici, la vie est belle et différente, car la République ne se contente pas d'être riche. Elle met en scène sa puissance. Fiers de leur ville, les Vénitiens dépensent sans compter pour l'embellir. Pour célébrer sa gloire, ils engagent de grands artistes. Ainsi, Titien, Tintoret, Véronèse, dont les noms resteront à jamais inscrits dans l'histoire de la peinture, y cohabitent, retenus par l'importance des commandes. Titien, déjà largement octogénaire, est à l'époque le peintre le plus renommé d'Europe, et celui attitré du roi d'Espagne, Philippe II, qui le traite en ami. Le vieil homme, plus prolifique que jamais, s'exprime, à l'approche de la mort, avec une liberté nouvelle en projetant de la couleur à grands coups de pinceau et en finissant même ses toiles avec les doigts. Il estime et protège Véronèse, qui appartient pourtant à une autre génération. A 47 ans, ce fils d'un tailleur de pierre de Vérone peint pour des couvents et des églises comme celle de San Sebastiano, où il travaillera près de vingt ans. Mais il est surtout sollicité par l'aristocratie vénitienne, qui l'apprécie pour l'éclat des couleurs, la douceur des contours, la sensualité des femmes. Approximativement du même âge, le Tintoret a un caractère nettement plus impétueux que Véronèse, qu'il jalouse. Son impulsivité, son agressivité se retrouvent dans sa peinture. Dévoré par l'ambition, le fils de teinturier veut s'imposer. Son absence de scrupules et sa personnalité belliqueuse le rendent antipathique, mais le talent est bien là. Rompant avec l'époque précédente, ces artistes audacieux contribuent, chacun à sa manière, à la grandeur et à la beauté de Venise. Leur disparition coïncide avec la fin de l'âge d'or de la ville qu'ils ont rendue immortelle.
Beatriz Loiseau
Les invités d'« Un soir au musée »
Pour cette soirée, Laurence Piquet est accueillie au musée du Louvre par Jean Habert, conservateur général, spécialiste de la peinture vénitienne, et Vincent Delieuvin, conservateur en charge de la peinture italienne du XVIe siècle.
soirée arts et culture Plateau 20' Présentation Laurence Piquet Réalisation Catherine Aventurier Production MFP
Documentaire Durée 52' Auteur-réalisateur Jean-Loïc Portron Production Palette Production / Arte France Année 2006