La réalisatrice brésilienne Denise Zmekhol revient en Amazonie brésilienne avec les photos des enfants qu'elle a filmés il y a quinze ans. Que sont-ils devenus ? Quels changements ont connus leurs communautés, dont l'environnement a été durement meurtri ? Ce documentaire raconte le destin commun et tragique des peuples de la forêt.
Ils sont membres des tribus Surui et Negarote ou fils de seringueiros, les ouvriers qui récoltent le latex dans la forêt amazonienne. Il y a quinze ans, ces enfants posaient devant l'objectif de Denise Zmekhol, timides ou frondeurs, souriants devant l'avenir. En partant à leur rencontre aujourd'hui, la photographe va découvrir rapidement une nouvelle réalité. Premier choc : la forêt qui recouvrait auparavant toute la région a considérablement diminué et Cacoal, le village de cabanes, est devenu une ville de 80 000 habitants. Pourtant leur histoire s'est toujours confondue avec celle de la forêt. Longtemps, les conflits ont opposé Indiens et seringueiros arrivés dès le XIXe siècle. Puis est venu le temps de la colonisation, avec la construction d'une route de 1 600 kilomètres transperçant les territoires Surui et Negarote. Le gouvernement attire les paysans sans terre venus du sud et les grands éleveurs déboisent massivement. Les anciens ennemis s'unissent alors pour préserver leur milieu naturel, source de vie.
Mort pour la forêt
Chico Mendes est l'un d'eux. Dernier d'une génération de seringueiros, il a choisi de lutter contre la déforestation. « Il avait toujours vécu dans la forêt, raconte sa fille, que retrouve la réalisatrice. Il ne voulait pas voir tout ça détruit… Pour lui, l'avenir de l'Amazonie comptait tellement ! » Chico lance l'idée de la création de vastes réserves extractives destinées notamment à la culture du latex et n'appartenant à personne. L'influence qu'il commence à exercer auprès d'organismes américains dérange les grands propriétaires. En 1988, il prend la tête d'un mouvement de résistance. La première réserve extractive voit le jour, mais Chico meurt assassiné. Le sang continue d'être versé : Lara, la petite fille timide de la photo, a bu le jus de fruits empoisonné destiné à son père… Parmi les enfants de jadis, Arildo poursuit aujourd'hui ses études de droit en ville : « J'espère un jour devenir la voix de mon peuple : les Surui. » Même s'il sait que « défendre la forêt, c'est risquer sa vie »… Mais, grâce à Chico, de nouvelles réserves protègent dorénavant la forêt.