Prestigieuse ou insolite, une collection est toujours une affaire de passion qui pousse un nombre croissant d'amateurs d'art à parcourir le monde. Hommes d'affaires, artistes ou galeristes ont tous en commun d'être portés par une exigence esthétique. Cette série documentaire dévoile les trésors et la personnalité de deux célèbres collectionneurs : Alain Dominique Perrin et Marin Karmitz.
« Ma collection est surtout marquée par une grande liberté » (Alain Dominique Perrin).
Alain Dominique Perrin Ancien président de Cartier, initiateur de la Fondation Cartier pour l'art contemporain et président de la Galerie nationale du Jeu de Paume, Alain Dominique Perrin est collectionneur d'art contemporain depuis les années 1970. Au fil des ans, il a acquis un nombre considérable d'œuvres en tous genres. « Ma collection ne s'inscrit pas dans l'histoire de l'art, explique-t-il. C'est la collection d'un homme libre, elle marque au fil du temps l'évolution de mes goûts et de mes orientations face à l'art contemporain, mais sans aucune prétention. Elle est surtout marquée par une grande liberté. » Pour cette impressionnante collection, il lui a fallu trouver des écrins : une grande demeure en Suisse et le château Lagrézette, à Cahors. Chez lui, les objets et les tableaux coexistent sans règle particulière, « les choses prennent leur place avec le temps ». Dans sa première résidence, il a installé d'imposantes pièces : sur un mur du salon une voiture écrasée, œuvre de son ami César ; dans sa chambre un petit tableau d'Andy Warhol payé « le prix de trois timbres-poste » et au-dessus de son lit l'un des premiers Buren. Son château-caverne d'Ali Baba abrite d'autres compressions de César, des meubles et objets design, des tirages de photos, une réserve d'œuvres jamais déballées… Sur ses terres, il a fait ériger un pigeonnier pas comme les autres, entièrement peint par quatre stars de la figuration libre : Boisrond, Combas, Blanchard et Di Rosa. La décoration de la chapelle du château a, elle, été confiée au peintre Gérard Garouste. Car Alain Dominique Perrin a autant besoin de fréquenter les artistes que de côtoyer leurs œuvres au quotidien, de passer du temps seul à les regarder. Face à la caméra, il partage ses coups de cœur, évoque le plaisir de la collection et son pendant, la prise de risques artistique et financière : « A partir du moment où vous vous laissez entraîner dans une logique de collection, vous vous laissez entraîner dans une logique de dépenses. » Ce chineur prêt à tout pour acquérir un coup de foudre confie qu'il collectionne aussi les timbales en argent et les casseroles en cuivre, mais pour les utiliser, pas uniquement pour le plaisir des yeux !
« Ce qui m’intéresse chez un artiste que je collectionne, c’est ses changements, ses évolutions ou ses crises. » (Marin Karmitz)
Marin Karmitz « Je ne suis pas un collectionneur, je suis un amateur. » Ainsi se présente Marin Karmitz, ancien militant soixante-huitard, réalisateur, producteur, fondateur du groupe cinématographique MK2. Amateur d'art contemporain et de photographie, il cherche à comprendre les œuvres plus qu'à les collectionner. « Une œuvre existe, puis il y a quelqu'un, un passeur, qui est là pour s'en occuper, pour qu'elle ne soit pas laissée dans un coin, estime-t-il. Ce passeur va vers le collectionneur, l'amateur ou des musées pour que cette œuvre vive. Sans passeur, il y aurait moins d'artistes et moins de collectionneurs. » Dans son quotidien où « l'art contemporain occupe l'espace et le temps », Xavier Lefebvre l'a suivi à son domicile, dans son bureau, à la Fiac et dans les galeries, qu'il considère comme des respirations indispensables dans son emploi du temps. Cet amoureux des images et des rencontres, qui a un penchant pour les artistes modernes ou très contemporains, n'est pas un collectionneur boulimique : « En ce qui me concerne, ce n'est pas la collection pour la collection, c'est davantage la proximité, l'affection que je peux avoir à l'égard des œuvres. Je leur dis bonjour en arrivant le matin et au revoir au moment de partir, comme si c'étaient des personnes vivantes, et ça me met de bonne humeur. » Ses coups de cœur ? Une série de photos de mains signée Boltanski et des photos prises par le cinéaste iranien Abbas Kiarostami. « Ce qui m'intéresse chez un artiste que je collectionne, c'est d'être sur la durée de son travail, c'est ses changements, ses évolutions ou ses crises », explique Marin Karmitz. Apprécier l'art et le collectionner, c'est aussi pour lui une question d'éducation : « Il faut apprendre à voir, comme on apprend à parler, à lire, à écrire. »
Stéphanie Thonnet
Soirée Arts et culture Plateau 12' Présentation Laurence Piquet Réalisation Catherine Aventurier Production MFP Série documentaire Durée 2 x 26' Réalisation Xavier Lefebvre Entretiens Laurence Piquet Production France Télévisions / Adamis Production / Centre Pompidou Année 2009