Juan Massenya part à la rencontre de Français de tous horizons dans le but de mieux cerner la société française d’aujourd’hui dans toute sa diversité. Loin des idées reçues, Les Uns, les Autres met en avant les grands moments de la vie : se rencontrer, se nourrir, se loger…
Bien au-delà du périph, Juan Massenya entreprend un road-movie à travers les régions de France pour rencontrer leurs habitants, citadins ou ruraux, hommes et femmes de tous âges, toutes cultures, toutes religions et toutes classes sociales. Chaque émission met en avant une thématique liée à une étape de la vie, traitée dans différents reportages. Sur le terrain, l’animateur suit des personnes confrontées à ces situations, lors d’un événement emblématique. Elles constituent le fil rouge de chaque volet. En s’attardant sur les bonheurs, les ruptures, les choix et les contradictions, Les Uns, les Autres dresse un état des lieux des mentalités, des pratiques, des habitudes et des tendances émergentes. Comme un instantané de la société française en 2011, ce nouveau magazine brosse le portrait d’une France plurielle tout en mettant en évidence les points communs qui font son identité. Loin des clichés et des a priori, il s’appuie sur l’expertise de sociologues et se veut surtout à l’écoute des Français en s’approchant au plus près de leur réalité. Véritable émission de service public, Les Uns, les Autres a pour ambition d’ajouter une pierre à l’édifice du « mieux vivre ensemble ».
Entretien avec Juan Massenya
Juan Massenya met en évidence les points communs d'une France plurielle.
Quel est le principe du magazine ? Juan Massenya :Les Uns, les Autres part à la rencontre des Français dans toute leur diversité. Nous essayons de comprendre comment chacun réagit face à certaines situations — trouver son premier logement, rencontrer son premier amour ou son dernier amour en fonction de l’âge… — qui sont des passages, des rendez-vous de vie.
A qui s’adresse Les Uns, les Autres ? J. M. : On s’adresse à la France à travers ce « liant », trop peu visible, qui fait pourtant qu’on est une nation. Par la diversité des réactions que nous recueillons, nous tentons de faire émerger ce qui nous rassemble, le fait que, dans les moments clés de l’existence, nous ne sommes pas si éloignés les uns des autres. Malgré nos différences, nous avons tous une propension à vivre les événements exactement de la même façon, avec les mêmes angoisses, les mêmes joies, les mêmes larmes et les mêmes rires. Il y a une façon de réagir qui est très française. C’est ce qui constitue ce socle commun à notre nation, le fait qu’on est vraiment français, même si on est originaire d’ailleurs. Comment chaque émission est-elle construite ? J. M. :Les Uns, les Autres est une déambulation en France, un voyage à la rencontre des Français ponctué de reportages. Je m’entretiens avec les personnes fil rouge lors d’un événement particulier. Ainsi, lors de la première émission, pour parler de la rencontre amoureuse aujourd’hui en France, nous avons tourné à la Foire aux célibataires de Saint-Aigulin, en Charente-Maritime. Une façon d'évoquer les moyens de se rencontrer aujourd'hui, malgré les différences culturelles, malgré l'éloignement, avec Internet, malgré l'âge… Les reportages permettent ensuite de mettre en lumière et de renforcer le propos du jour et d’évoquer d’autres contextes : par exemple la mixité, l’homogamie, l’endogamie, l’exode rural…
Peut-on dire que Les Uns, les Autres est une photographie de la société française en 2011 ? J. M. : Cette émission est construite en collaboration avec des sociologues, et nous sommes très attentifs à ne pas tomber dans la caricature. En sociologie, il existe des phénomènes avérés et des phénomènes émergents, par la quantité ou par la visibilité. L’équipe et moi-même essayons d’être à l’avant-garde, mais il y a notre fantasme et il y a la réalité. Nous avons un questionnement sur la capacité qu’a notre nation à se réinventer, à partager ses codes, ses cultures, tout en étant sur le terrain. La promesse du magazine, c’est de trouver la justesse, ce point d’équilibre qui fait qu’à un moment on sort du fantasme pour être dans la réalité.
Comment envisagez-vous d’atteindre cette justesse ? J. M. : Recueillir le propos de l’autre avec sincérité passe par le partage et la confiance, qui se gagne. Ce qui m’intéresse, c’est une forme de musicalité. Le silence et les regards parlent souvent plus que les mots, il faut du temps et interpréter les codes. Au-delà du journaliste et de l’animateur, je suis aussi un citoyen français avec ses limites, confronté à une réalité. Plein de questions germent au gré des discussions avec mes interlocuteurs. En règle générale, j’arrive avec un a priori. Au fur et à mesure de ma déambulation, mon propos évolue, quel que soit le thème abordé.
Quelle est l’ambition de ce magazine ? J. M. : Cette émission de service public a pour but de montrer à quel point, parfois, on ne se regarde pas les uns les autres. Car la plus grande difficulté que nous devons affronter aujourd’hui, c’est de faire le pas. Le schéma traditionnel de la société française a explosé ces quarante dernières années, avec le déplacement des populations. Nous sommes tous déracinés. Donc on se retrouve très souvent à côté de quelqu’un qui est à nos antipodes, dont on reste très distant, en nourrissant des fantasmes qui eux-mêmes nourrissent les a priori. J'aimerais que le téléspectateur soit interpellé et se dise : « C’est vrai, ce n’est pas si difficile de vivre les uns aux côtés des autres ! C’est juste un petit effort qui nécessite de regarder son voisin, de l’écouter, de lui parler. » Ce petit pas de côté est nécessaire pour « vivre ensemble ». On ne peut pas vivre sans l’autre ! Il faut juste en avoir envie et se rendre compte qu’on a énormément à y gagner.
Propos recueillis par Anne-Laure Fournier
Interview vidéo de Juan Massenya
Magazine Durée 10 x 52’ Présentation Juan Massenya Réalisation Guillaume Perez Production Téléparis, avec la participation de France Télévisions