Alors que se tient, le 25 avril, la Journée mondiale contre le paludisme, Patrice Desenne est allé à la rencontre de ceux qui mènent au quotidien la lutte contre ce fléau encore trop souvent mortel. Des grandes institutions internationales aux dispensaires du Bénin, son enquête témoigne d'une grande mobilisation collective. Qui fait naître l'espoir.
Ses principales victimes ? Les populations d'Afrique subsaharienne et les enfants de moins de 5 ans. Avec plus de 1 million de morts chaque année, le paludisme, appelé aussi malaria, continue de faire des ravages. La maladie concerne 3 milliards d'individus sur trois continents : l'Afrique, l'Asie et l'Amérique du Sud. Ses principaux responsables ? La femelle d'un moustique, l'anophèle, dont le parasite inoculé dans l'organisme provoque de terribles fièvres. Mais aussi le manque d'accès aux soins. Créé en 2002, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme — les trois grandes maladies mortelles des pays pauvres — est en première ligne pour faire reculer la pandémie. Ayant déjà engagé plus de 14 milliards de dollars dans 140 pays, il a fait de sa lutte contre la fatalité une priorité que relaient, à ses côtés, l'industrie pharmaceutique, les ONG, les institutions financières, les entreprises et les autorités sanitaires nationales. C'est en fournissant à prix coûtant son traitement antipaludéen, qu'il fait fabriquer au Maroc, que le laboratoire Sanofi-Aventis participe à cette guerre contre la maladie. « Si l'on veut être un acteur de cette maladie, explique le Dr Robert Sebbag, vice-président du géant de la pharmacie, il faut ajuster le prix à la réalité économique et aux ressources de ces populations. » Autre approche, mais même mobilisation pour PlaNet Finance. Fondée par Jacques Attali, l'organisation de solidarité internationale a mis en place un programme d'information sur la maladie pour les bénéficiaires des microcrédits qu'elle accorde.
Mobilisation générale au Bénin
Les moustiquaires imprégnées d'insecticide, un moyen de se protéger de la maladie.
Avec ses 8,5 millions d'habitants, le Bénin fait partie des pays africains les plus touchés par le paludisme. Coordonnant les actions, le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) a déjà permis d'y réaliser de notables progrès. « La mission qui nous est assignée, rappelle le Dr Yacoubou Imorou Karimou, son coordonnateur national, est d'assurer l'accès universel de la prévention et du traitement. » Une ONG comme Africare y est, elle aussi, très active dans les villages de brousse : « Nous intervenons là où la route finit », indique Josette Vignon Makong, sa représentante. Pas toujours facile, cependant, de convaincre les plus pauvres d'acheter, même à un prix vingt fois inférieur à celui du marché, les moustiquaires imprégnées d'insecticide qui peuvent les protéger. Dans son usine d'Onigbolo, à 150 kilomètres de Cotonou, le cimentier Lafarge s'est engagé, par un accord avec le PNLP, à offrir un accès gratuit aux soins à son personnel, mais aussi aux familles des environs. Même si, comme l'observent plusieurs des intervenants, tout n'est pas idyllique, « cette conjonction de mobilisations est comme une lumière au bout du tunnel », note l'économiste franco-béninois Lionel Zinsou. Une espérance que partage Achille Massougbodi, de la faculté des sciences de la santé : « Aujourd'hui, il y a de l'argent pour lutter contre le paludisme. Cela signifie quelque part aussi que nous n'avons plus droit à l'échec. »
Christine Guillemeau
Documentaire Durée 52' Réalisation Patrice Desenne Production France 5 / Effervescence / Public Sénat Année 2009