ARMÉNIE, L'AUTRE VISAGE D'UNE DIASPORA
Le monde compte six millions d'Arméniens. La moitié vit en Arménie, l'autre, éparpillée sur la planète, forme la diaspora. Quel regard porte-t-elle sur ce pays où elle n'a pas grandi ? La réponse dans ce film qui interroge ses représentants dont Charles Aznavour et Serge Tchuruk.
"On ne se sent porteur de son territoire que lorsqu'on l'a quitté, et ça, c’est l'histoire de notre peuple." L'auteur-compositeur André Manoukian résume à merveille le patriotisme de cette diaspora dont la dispersion remonte au génocide arménien commis par les Turcs en 1915. L'exode qui s'ensuit propulse des centaines de milliers de personnes, telles des étoiles filantes, à travers le monde.
Après quatre-vingt-dix années d'intégration, les descendants des émigrants connaissent peu l'Arménie d'aujourd'hui, mais ressentent un fort lien affectif avec leur passé : "Je suis argentin et arménien, lâche simplement Eduardo Eurnékian, entrepreneur à Buenos Aires. Il n'y a pas de dichotomie ni d'affrontement intérieur."
L'"arménité" est simplement là, présente dans les coeurs, grâce à une culture transmise dans le cercle familial. "Il est vrai que nous sommes coupés de nos racines, constate André Manoukian. Mais nos racines, on sait où elles sont et elles remontent à 3 000 ans."
Au Ier siècle avant Jésus-Christ, le pays de l'arche de Noé s'étend de la mer Caspienne à la Méditerranée. Cet empire prend fin au XIe siècle avec l'invasion turque, puis disparaît complètement en 1375. Il faut attendre 1921 pour voir ressurgir une république d'Arménie au sein de l'URSS. En 1991, elle accède enfin à l'indépendance, mais ses frontières n'englobent que 10 % de l'Arménie antique !
C'est peut-être dans cette histoire douloureuse qu'il faut trouver les clés de l'intégration réussie des Arméniens . "L'émigrant transmet une insécurité du passé, explique Eduardo. Il met donc beaucoup de pression sur ses enfants quant aux études."
La reconnaissance, la "dette", envers ces pays d'accueil qui leur ont donné l'espoir d'un futur possible "est quasiment dans nos gènes. Ces pays ont fait de nous ce que nous sommes", confie Serge Tchuruk, le PDG d'Alcatel-Lucent, en référence à l'implication des Arméniens dans tous les aspects de la société française. "Y compris lorsqu'il s'agit de donner sa peau à la guerre", ajoute Charles Aznavour. Une générosité également tournée vers l'Arménie puisque le pays survit notamment grâce à sa diaspora (15 % du PNB).
Gaël Nivollet
Première diffusion : lundi 23 avril 2007 à 21:35 (câble, satellite et TNT).
Durée : 52' Réalisation : Marie-Claire Margossian Production : France 5 / Zone d'images Année : 2007 |