FILS ET FILLES DE
Minorité invisible, élite émergente… c'est un groupe social sans étiquette. Enfants d'immigrés maghrébins, ils ont réussi professionnellement au-delà des espoirs placés en eux. A 30 ans passés, ces nouveaux "Beurgeois" s'interrogent sur leur place dans leur famille d'origine et dans la société française.
Beaucoup de fierté mais aussi un peu de malêtre. A l'évocation de leur réussite, c'est ce mélange de sentiments que ressentent Nadia, Abderahmane et Mourad.
Qu'ils aient fait de brillantes études comme Abderahmane Fodil, centralien devenu chargé d’investissements pour la Banque mondiale, ou soient de talentueux entrepreneurs comme Mourad Boudjellal, président des éditions Soleil et du Rugby Club toulonnais, ils ont accédé à un statut social bien supérieur à celui de leurs parents.
D'une manière un peu trop fulgurante peut-être, comme le montre le film de Jean-Thomas Ceccaldi, qui s'intéresse ici à cette classe sociale émergente : les "Beurgeois".
"J'ai le complexe de l'imposteur, l'impression de n’être nulle part à ma place", explique ainsi Nadia Naïtaleb. Auditeur financier chez Ernst & Young, elle peine à définir son identité dans une société où elle est considérée comme la "beurette qui a réussi" par ses nouveaux amis de Neuilly-sur-Seine, mais aussi comme "une femme à part" par ses parents de Belleville. "Car être célibataire à 35 ans, sans enfant, c'est une grosse, très grosse tare quand on est issue deune famille maghrébine", seamuse-t-elle.
Egalement pionnier de cette génération en pleine construction, Abderahmane Fodil, chargé d'investissements pour la Banque mondiale, fait la fierté de ses parents, immigrés algériens dans les années 70. Mais, à l'instar de Nadia, il ressent aussi ce "dédoublement de personnalité". "J'évolue dans une société française et catholique d'un côté, tout en vivant dans une famille algérienne et musulmane de l'autre, analyse-t-il. Il y a forcément des chocs, et j'ai parfois l'impression d’être schizophrène."
Pour ces bénéficiaires de l'ascenseur social, le rapport à l'argent est aussi très étrange. Si Abderahmane "culpabilise" de dépenser beaucoup plus que son père, Mourad, dont la mère était femme de ménage, se montre, lui, très fier de sa feuille d'imposition.
"C'est plus dur d'être pauvre que d'être arabe. Aujourd'hui, je suis toujours arabe, et ce n'est pas compliqué. Quand je tombe sur un raciste, je rétorque par du racisme social et je lui parle de mes impôts, assène avec franchise celui qui a fait fortune dans la bande dessinée. Ce qui compte, c’est l'écart entre là où l'on est né et là où l'on est aujourd'hui."
Par petites touches, ces trois portraits dessinent le profil d'une génération surprenante, loin du cliché du "beur des cités en situation d'échec qui parle mal français". "Nous sommes des mutants et nous allons nous reproduire", prophétise Nadia.
Gaël Nivollet
Première diffusion : mardi 9 octobre 2007 à 20:40 (câble, satellite et TNT).
Durée : 52' Auteurs : Catherine Sebag et Jean-Thomas Ceccaldi Réalisation : Jean-Thomas Ceccaldi Production : France 5 / Rue Charlot Productions Année : 2007
Sur emploi.france5.fr
Un ensemble de dossiers sont dès à présent en ligne pour lutter contre la discrimination à l'embauche ou pour repérer les entreprises qui s'ouvrent à la diversité en matière de recrutement. Par ailleurs, à partir du 1er octobre, les internautes pourront poser des questions à un expert et envoyer leurs témoignages sur le thème "origine immigrée, insertion dans l’emploi et réussite professionnelle". Le tout fera l'objet d'un dossier qui sera publié début novembre. Dossier "La discrimination et l'entreprise" |