DE L'OR EN BOUTEILLE
Minérale ou de source, gazeuse ou plate… Champions toutes catégories de la production mondiale et grands consommateurs, les Français raffolent de l'eau en bouteille. Enquête sur un marché très juteux et en pleine expansion, celui de l'or bleu.
Il suffit d’ouvrir un robinet pour qu’elle coule à flots. Pourtant, par peur de la pollution, ou simplement par goût, beaucoup de nos compatriotes se tournent vers l’eau en bouteille. Deux Français sur trois en boivent.
En à peine vingt ans, la consommation a doublé ! Et avec elle la production, qui fait de la France le leader mondial avec plus de 6 milliards de litres d’eau embouteillés chaque année dans une cinquantaine d’usines. Chiffre d’affaires : 3 milliards par an !
Le temps de l’exploitation artisanale semble désormais bien révolu. Seules quelques petites entreprises, comme celle qui commercialise la Reine des Basaltes ardéchoise, subsistent encore ici et là.
Mais pourquoi un tel engouement pour de l’eau ? Les raisons du succès sont moins linéaires qu’il n’y paraît. A grand renfort de marketing et de publicité, les industriels ont développé une stratégie qui a transformé l’eau minérale, autrefois cantonnée aux stations thermales, en un produit de consommation courante.
Rivalisant d’imagination, les marques n’hésitent pas à dépenser jusqu’à 100 millions d’euros annuels pour promouvoir les innombrables vertus médicinales d’eaux censées nous apporter vitalité, jeunesse ou minceur… Et ça marche ! Les très nombreux adeptes des bouteilles vertes, rouges, bleues, en plastique ou en verre, délaissent l’eau du robinet pour une boisson dont ils confondent les appellations. Minérale, de source, de table ? Pas toujours aisé d’en saisir les nuances.
Peu importe, ça se vend. Le message publicitaire - pas toujours très clair du point de vue scientifique - passe d’autant mieux qu’on nous a longtemps dit que boire 1,5 litre d’eau par jour est bénéfique pour l’organisme. De quoi doper une industrie dominée aujourd’hui par trois grands groupes du secteur agroalimentaire. Nestlé et Danone contrôlent ainsi les deux tiers de la production française.
Investir contre la pollution des nappes
L’eau minérale ne peut en aucun cas être traitée. Préserver sa qualité constitue donc une priorité pour les industriels. A Vittel, Nestlé a investi dans un programme de prévention des risques de pollution des nappes souterraines.
Pour éviter leur contamination par les pesticides et autres produits chimiques, le groupe négocie des accords de partenariat avec des acteurs économiques de la région. Trente-cinq agriculteurs ont déjà adhéré au programme antipollution. Ils reçoivent en contrepartie une somme de 2 000 euros à l’hectare pendant cinq ans, plus une participation à l’investissement nécessaire au remplacement des engrais chimiques par du compost.
La protection de l’environnement n’a cependant pas toujours été d’actualité. Dans certaines régions comme le Nord ou la Bretagne, la pollution des nappes phréatiques soulève des inquiétudes auprès des consommateurs. Même les ménages les plus modestes préfèrent investir dans l’eau en bouteille. Il faut dire qu’ils n’ont pas toujours le choix !
La France a d’ailleurs été mise en cause à Bruxelles pour non-respect de ses engagements concernant le rétablissement de la qualité de ses masses d’eau, prévu à l’horizon 2015. Elle envisagerait de demander une dérogation jusqu’à 2027. En attendant, boire de l’eau en bouteille revient de 100 à 300 fois plus cher, mais rassure.
De nouveaux arrivants font leur entrée dans ce marché décidément très juteux. Pour faire face à la concurrence, les grands groupes industriels partent désormais à la conquête des pays émergents. Dans des régions de la planète où vit en majorité le milliard d’êtres humains qui n’ont pas accès à l’eau potable.
Beatriz Loiseau
Première diffusion : mardi 29 juillet 2008 à 20:40 (câble, satellite et TNT).
Durée : 52' Auteure-réalisatrice : Laurence Jourdan Production : France 5 / Grand angle Productions Année : 2008 |