SAINT-EMILION, QUI L'EÛT CRU ?
Le terroir du Saint-Emilion est la seule région vinicole à reclasser ses grands crus tous les dix ans. Traditionnellement considéré comme l'unique référence de valeur, ce classement mérite-t-il encore sa réputation à l'heure de la globalisation, où de nombreux viticulteurs se soucient davantage de l'évaluation de leur vin à l'échelle mondiale ? Une question à laquelle tente de répondre ce film, en suivant quatre viticulteurs aux vins reconnus internationalement mais aux démarches différentes.
Août 2005 : vendanges en vert. Sacrifier
les premières grappes pour aérer la vigne ne fait pas l'unanimité dans le milieu
traditionnel du vin. Chez les Thunevin, ce choix s'est imposé dès les premières
années d'exploitation de leur petit vignoble. Le "vin de garage" (un très grand
vin produit sur un petit vignoble) de ce couple se vend aujourd'hui très cher,
principalement au Japon et aux Etats-Unis.
François des Ligneris,
héritier de la tradition et propriétaire d'un grand cru classé, n'hésite pas à
qualifier d'effrayante cette sélection qui génère des vins spectaculaires
éloignés, selon lui, de l'identité du vignoble. Inutile, selon lui, lorsqu'on a
la chance de bénéficier d'un terroir aussi exceptionnel que celui de
Saint-Emilion. Sur ses 5500 hectares, cette appellation ne compte pas moins de
800 châteaux.
S'ils divergent sur les méthodes, tous les viticulteurs
s'accordent sur un point : le choix de la date des vendanges constitue une étape
essentielle. Pour François Mitjavile, philosophe et perfectionniste qui a su
hisser son vin au sommet de l'appellation sans être classé, il s'agit d'un enjeu
crucial qui exige tout le savoir-faire du vigneron afin de juger du bon moment
pour initier la vendange.
Pour Catherine Papon-Nouvel, rare viticultrice
qui a repris avec succès, il y a peu, les rênes des vignobles familiaux, la
maturation des raisins ne doit pas excéder quatre à cinq jours. Les Thunevin ont
opté quant à eux pour le tri du raisin grain par grain, pour ne garder que les
belles grappes.
Chaque nouvelle étape du travail implique des
choix et l'utilisation de techniques souvent de plus en plus
sophistiquées.
Ainsi en est-il des fûts pour l'élevage, des méthodes de
vinification développées avec les oenologues et de la taille de la prochaine
vigne.
Le temps de la vente en primeur permettra aux négociants et aux
critiques de déguster et d'évaluer les vins un an avant leur mise en
bouteilles.
Tout au long du documentaire, Pascal Fauvel, dégustateur
consultant qui en est le coauteur, sert de guide auprès des quatre protagonistes
qu'il connaît bien, lui-même ayant appris son métier à
Saint-Emilion.
Dans un contexte de crise économique et de globalisation,
le documentaire pose la question de la valeur du classement face à celle de la
critique et du marché. Seuls François des Ligneris et Jean-Luc Thunevin ont
présenté un dossier pour le classement 2006. L'un par obligation car déjà
classé, le second parce qu'il entend bien léguer un jour à sa fille un
patrimoine reconnu.
Catherine Papon-Nouvel, encore jeune dans le milieu,
se réserve pour le classement 2016. Quant à François Mitjavile, il ne souhaite
pas entrer dans la compétition, mais tirera les enseignements des résultats. Car
le classement de septembre 2006 a réservé bien des
surprises...
Anne-Laure Fournier
Première diffusion :
mardi 17 octobre 2006 à 15:45 (hertzien et TNT).
Durée : 52' Auteurs :
Pascal Fauvel et Nicolas Jouvin Réalisation : Nicolas Jouvin Production :
France 5 / La Compagnie des Phares et Balises Année : 2006
Rencontre avec quatre viticulteurs de
talent
François des Ligneris Héritier d'une lignée
installée à Saint-Emilion depuis le XVIIe siècle, il se veut révolutionnaire et
à contre-courant des modes. Il défend le respect scrupuleux du terroir, "la
rencontre du ciel avec la terre" et pourfend les dernières avancées techniques
adoptées par la plupart de ses collègues. Il produit un grand cru classé.
François Mitjavile Personnage à part, il fut le
premier à bousculer la hiérarchie saint-émilionnaise par des pratiques viticoles
audacieuses et révolutionnaires. Autodidacte, il se dit pourtant classique et
recherche l'émotion plus que la puissance de son vin. Il vend l'un des vins les
plus chers de l'appellation.
Catherine Papon-Nouvel Sous son air discret et timide,
elle incarne l'arrivée des femmes dans un milieu traditionnellement réservé aux
hommes. Elle affirme sa personnalité et travaille pour développer l'identité de
ses vins et les imposer au plus haut niveau. Ils reçoivent aujourd'hui les
meilleures critiques.
Jean-Luc et Murielle Thunevin La success
story débute il y a dix ans, lorsque l'ancien employé de banque et
l'ex-aide-soignante investissent à Saint-Emilion à la suite d'une opération
immobilière réussie. Leur vin se vend aujourd'hui 200 euros la bouteille,
notamment au Japon où ils sont devenus des stars! Ils se situent dans la
tendance des vins du "nouveau monde". |