La "biopiraterie" consiste à envoyer en mission des biologistes dans les coins parfois les plus reculés de la planète pour qu'ils recensent des plantes médicinales auprès des chamanes guérisseurs.
Grâce à ces données, les laboratoires pourraient se contenter de créer artificiellement une molécule, mais parfois, ils vont beaucoup plus loin et cherchent à breveter l'utilisation même de la plante ! Une plante dont l'usage est transmise oralement dans les tribus indigènes depuis des millénaires.
En déposant des brevets, les laboratoires occidentaux s'approprient ainsi un patrimoine naturel, perçoivent des royalties, bloquent leurs concurrents, mais privent également les populations locales de leurs droits d'utiliser librement ces plantes.
Pourtant, ces pratiques ne datent pas d'aujourd'hui. Le premier cas de biopiraterie remonte à 1630. A cette époque, les jésuites espagnols ont importé du Pérou un arbre, le quinquina, dont on extrait la quinine. Cette découverte a permis de lutter partiellement contre la malaria en Europe, sans que les Indiens ne puissent en profiter. Marqué par cet état de fait, les Péruviens ont voulu se réapproprier la plante et l'ont ainsi fièrement intégré dans leurs armoiries.
Certains pays, notamment ceux de l'hémisphère Sud, sont particulièrement visés par ce type de piraterie, car ils constituent de véritables armoires à pharmacie. Selon l'ONU, 62 % des médicaments contre le cancer sont dérivés de la pharmacopée amazonienne.
Cependant, les gouvernements de ces pays, à l'image du Pérou, qui depuis 2004 a mis en place une commission de lutte contre la biopiraterie, commencent à réagir.
Actuellement, la commission péruvienne tente de bloquer une demande de brevet sur une plante appelée sacha inchi, ou cacahuète des Incas, très convoitée par l'industrie cosmétique pour son taux record en omega 3. Et parfois, dans cette bataille, David gagne contre Goliath, et une demande de brevet parvient à être annulée. C'est ce qui s'est passé pour l'ayahuasca, une plante convoitée pour ses vertus purgatives.
Un biologiste américain a estimé, en 1993, qu'il pouvait la breveter mais il s'agit de la plante sacrée des Amérindiens, qui l'utilisent depuis 5 000 ans lors de cérémonies de guérison. La justice américaine a décrété, en 2003, qu'elle faisait partie du patrimoine mondial et ne pouvait être brevetée.
Par ailleurs, il existe aussi des entreprises plus vertueuses qui n'attendent pas des décisions de justice et tentent d'impliquer les populations locales dans l'exploitation de leurs richesses naturelles, en utilisant le principe du commerce équitable.
Mais malgré la bonne volonté de certaines sociétés et la vigilance des Etats menacés, la biopiraterie pourrait bien continuer à progresser, car selon les Nations unies, sur 250 000 plantes tropicales, seules moins de 1 % ont été testées pour être utilisées dans les préparations pharmaceutiques.