france5.fr

Chaplin/Keaton, le clochard milliardaire et le funambule déchu

Émission du 04/02/2016

Les débuts de Keaton au cinéma
Chaplin/Keaton, le clochard milliardaire et le funambule déchu

Duels, met en lumière des personnalités qui s'opposent ou s'affrontent. Leur rivalité, qui dépasse le cadre personnel, entraîne un processus d’émulation et crée un challenge.

Les vidéos

Sommaire

  • 1

    Chaplin/Keaton, le clochard milliardaire et le funambule déchu

    Duels - Chaplin/Keaton
    © Roy Export Company Establishment

    Ces deux clowns ont révolutionné le cinéma burlesque américain dans les années 1920. En compétition permanente pour le titre de roi du rire, ils ont surtout grandement contribué à faire de Hollywood la capitale mondiale du 7e art.

    Longtemps on les a présentés comme de parfaits antagonistes, chacun s’acharnant, de film en film, à prouver sa suprématie comique sur l’autre. En réalité, il n’y eut qu’une rivalité amicale entre Chaplin et Keaton. Nés tous deux, comme le cinématographe, à la fin du XIXe siècle, l’Anglais des quartiers populaires de Londres et l’enfant de la balle du Kansas se lancent très jeunes dans une carrière artistique. Ces deux saltimbanques du music-hall sont vite attirés par la nouvelle industrie du cinéma.
    Installé à Hollywood dès 1913, Charles Spencer Chaplin invente rapidement la silhouette immortelle de Charlot. Peu à peu, il affine son personnage de vagabond reconnaissable à son chapeau melon et à sa canne. Il devient rapidement le comique préféré du public. « Il est arrivé pile au bon moment, admet Kevin Brownlow, cinéaste et historien du cinéma muet. C’était une société très rigide et disciplinée, bien plus qu’aujourd’hui. Et les gens trouvaient vraiment cela drôle que Charlie botte l’arrière-train d’un policier ou n’importe quoi d’un peu anarchiste. […] Il a amené une finesse que personne jusque-là ne pensait nécessaire. C’était juste du cirque. Mais il a transformé cela en quelque chose d’autre et prouvé que ça rapportait gros. » Grâce à ce fulgurant succès, Chaplin acquiert une indépendance totale en 1920 et fonde avec ses amis la United Artists. Avec ses premiers longs métrages – The Kid, La Ruée vers l’or… –, il affirme son goût pour un mélange de comédie et de mélodrame. Pour l’artiste visuel et chercheur Mathieu Bouvier, « il y a toujours, dans les films de Chaplin, un projet narratif, pamphlétaire, militant, idéaliste qui vise à une dénonciation des rapports de force de la société et sa virtuosité gestuelle a une dimension métaphorique de ce rapport de force ».

    Duels - Chaplin/Keaton
    Disparu il y a cinquante ans, « Buster Keaton donne à voir l’essence même des personnages ».
    © Collection Christophel

    Deux visions du monde et du burlesque

    De son côté, après des débuts au cinéma avec Fatty Arbuckle, Buster Keaton crée son propre studio. « Le premier film qu’il a tourné seul, il ne l’a pas jugé assez bon et il en a aussitôt fait un autre : One Week (La Maison démontable), qui est, pour moi, le Citizen Kane des films en deux bobines, reconnaît Kevin Brownlow. Il a le même âge qu’Orson Welles et il meurt d’envie de passer à la réalisation. Il croit qu’il a raté son coup et pense qu’il peut faire mieux, et c’est ce qu’il fait. Ce deuxième film est insurpassable, il est magnifique. »
    Toujours affublé de son chapeau de feutre, Keaton enchaîne les films et devient pour le public « l’homme qui ne rit jamais ». De film en film, le vagabond dansant et l’impassible acrobate vont affirmer leur style et leurs spécificités. « Chaplin a une dimension peut-être plus sociologique, mais surtout plus incarnée au sein d’un monde reconstitué, explique la philosophe Adèle Van Reeth. Alors que Keaton donne l’impression de dépouiller le monde de tous ses apparats superficiels et secondaires pour donner à voir l’essence même des personnages. Il pose la question, de manière prodigieuse, de ce qu’est l’être au monde. »
    Mais l’âge d’or du cinéma burlesque touche à sa fin. Avec l’arrivée du cinéma parlant, les carrières des deux pionniers de Hollywood se fragilisent. Le réalisateur du Mécano de la « General » et du Cameraman perd son autonomie artistique pour devenir simple employé de la MGM. Si Chaplin continue de tourner indépendamment des grands studios, il est victime du maccarthysme. En 1952, dans Les Feux de la rampe, Keaton donne la réplique à Chaplin, qui s’exila peu après. Une scène d’anthologie pour deux acteurs-réalisateurs de génie dont le principal ennemi fut, comme le pressentait Chaplin, les temps modernes.

    Amandine Deroubaix

    Collection documentaire
    Durée
    52’
    Auteur-réalisateur Simon Backès
    Production MK2 TV, avec la participation de France Télévisions
    Année 2015

Publicité