Alors que l'illettrisme touche une très forte proportion de sourds, comment et pourquoi devient-on écrivain ? Pour les trois auteurs suivis par David de Keyzer et Sylvain Maillard, la voie vers l'écriture n'a pas toujours été une évidence et a pris des chemins divers.
Marcel Debureaux fait partie de l'ancienne génération et a dû se battre toute au long de sa vie pour défendre la cause des sourds. Ce sont ses amis qui l'ont poussé à transmettre au public le récit de cette vie hors normes qui rend compte d'un pan de l'histoire des sourds : la guerre, la résistance, la vie associative et sportive…
Pour écrire son autobiographie, il a trouvé une aide précieuse au sein de l'association qui le publie. Et en esprit indépendant (tenace ?) et malicieux, il a œuvré à toutes les étapes de la fabrication de son livre.
Pour Aurélie de la Selle, poète et illustratrice, il ne fait aucun doute que sa passion pour les mots lui a été transmise par sa famille entendante, très attachée au patrimoine littéraire français. Pourtant, comme tant d'autres adolescents sourds, elle avait tout d'abord éprouvé de grandes difficultés, qui avaient entraîné en elle un dégoût de la lecture.
Si aujourd'hui, elle est très sensible aux grands auteurs classiques, elle a préféré écrire de la poésie, sous une forme très épurée, accompagnant les mots de subtiles aquarelles. Cette écrivain tient ainsi à préserver son lecteur, lui proposant mots et images, dans un souci de balance et d'équilibre.
Après l'écriture de son premier ouvrage sur l'histoire du cyclisme chez les sourds, Patrice Gicquel, issue d'une grande famille de sourds, décide d'abandonner son travail dans l'administration pour se consacrer entièrement à l'écriture. Mais il lui aura fallu le soutien de sa femme et l'aide de son ami écrivain Claude Micault, pour parvenir à achever ce livre.
Aujourd'hui, après avoir écrit quatre ouvrages, tous reconnaissent l'incroyable chemin parcouru par Patrice Gicquel, y compris son éditeur, qu'il vient rencontrer à Paris pour la première fois.
Les éditions L'Harmattan ont fait le choix de travailler avec cet écrivain atypique, dans l'optique de faire découvrir au plus grand nombre la culture des sourds mais aussi dans le souci de diffuser des livres accessibles à la communauté des sourds elle-même.
Au Salon du livre de Colmar, où il se rend chaque année, Patrice Gicquel retrouve le dessinateur Domas, qui a illustré son dernier livre, sur le stand de l'association Des mains pour le dire.
Démarcher, rencontrer d'autres auteurs, dédicacer ses livres et échanger avec ses lecteurs, toutes ces activités font maintenant partie du nouveau métier de Patrice Gicquel : écrivain.