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AUTOPSIE DE LA RUMEUR

Mardi 29 septembre 2009 à 20.35 (Inédit)
Avec la rumeur, point d'amnistie. A défaut d'explication rationnelle, la ferveur de l'opinion publique se canalise sur la recherche de coupables.Info ou intox ? Qu'elle relève de l'imagination d'un individu ou d'une croyance collective, la rumeur obéit à une logique à laquelle se sont trouvés confrontés de nombreux chercheurs. Recueillant leurs expertises, Bertrand Delais tente d'en démonter le mécanisme, exemples à l'appui. Retour en images sur la naissance et la circulation des on-dit et autres légendes urbaines.

Elle court, elle court, la rumeur. Plausible ou farfelue, orale ou électronique, anodine ou alarmante... Quelle que soit sa nature, elle agite régulièrement l'opinion publi-que. Personne ne s'en rappelle les détails, cependant tout le monde en a entendu parler. L'information est à mettre au conditionnel, mais, au fait, par qui est-elle arrivée ?
Des jeux pour enfants contaminés dans une célèbre chaîne de fast-food, une femme africaine mordue par un serpent caché dans des bongos achetés sur un étal asiatique... Des nouvelles plus incroyables les unes que les autres envahissent les rues et les écrans. Plusieurs exemples célèbres viennent illustrer comment enfle et périclite une rumeur.
A Abbeville, en 2001, la croyance populaire voulait que la Somme ait été volontairement inondée pour protéger Paris. « Et si c'était possible ? », « Ce n'est pas normal », « Ça ne s'explique pas », « On aimerait bien comprendre », « Ça vient bien de quelque part », s'inquiétaient les riverains. A leurs yeux, la nature seule ne pouvait expliquer pareille désolation. Et quand un drame survient, les commentaires les plus hasardeux se révèlent aussi les plus contagieux. Face à l'ampleur de la catastrophe, la recherche de responsables eut un impact politique fort, déstabilisant jusqu'au Premier ministre de l'époque, Lionel Jospin.




Quand les médias s'en mêlent



Avec la rumeur, point d'amnistie. A défaut d'explication rationnelle, la ferveur de l'opinion publique se canalise sur la recherche de coupables. Dans l'affaire de pédophilie dite du Café de la plage, à Angoulême, en 2002, les commérages ont ainsi fait de Gilles Pommier, prêtre et homosexuel, le coupable idéal quand, cinquante-deux mois plus tard, la justice l'acquittait. En prenant le parti des victimes, la presse a ainsi participé involontairement à cette mécanique du bouc émissaire. Et quel meilleur moyen pour propager la rumeur que de la diffuser dans les médias traditionnels ? Ces derniers opèrent en effet la transition, transformant un folklore local en rumeur avérée. Car, sans relais médiatique, un bruit qui court n'a que peu d'écho. Certains accusent même la presse de donner vie et d'alimenter cette rumeur. Un procès excessif aux yeux du sociologue Pascal Froissart : « On peut incriminer les médias. Mais ils font leur boulot. Ce n'est pas leur faute. Ce serait trop facile de dire ça. (...) Cependant, dès qu'on intervient sur une rumeur, que ce soit pour la démentir ou la répercuter, automatiquement, on la renfloue, on la nourrit. »
Le développement d'Internet complique le dispositif. Sur la Toile, chacun peut -colporter une nouvelle au nom d'une prétendue vérité passée sous silence. Et de -l'information à la désinformation, le pas est vite franchi.

Anne-Laure Jean





L'invité de Carole Gaessler



La journaliste reçoit René Domergue, auteur de La Rumeur de Nîmes.

Documentaire
Durée
52'
Réalisation
Bertrand Delais
Production
FTV Pôle France 5 / Adamis Production
Année
2009


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