L'AFFAIRE DU TALC MAUDIT
Une série de onze documentaires revient sur de grands faits divers, grâce à des témoignages, des images d'archives et des reconstitutions. L'épisode de cette semaine est consacré à l'affaire du talc Morhange, un scandale industriel, politique et humain qui a ébranlé la France des années 70.
En 1972, dans l'Yonne et les Ardennes, des encéphalites du nourrisson se répandent dans les familles, avec les mêmes symptômes : brûlures, convulsions, coma, et parfois mort de l'enfant. Les médecins, impuissants, pensent à une épidémie de méningite.
Après de longues recherches, on décèle dans des flacons de talc de la marque Morhange la présence d'hexachlorophène, un puissant bactéricide qui n'est alors pas répertorié comme toxique.
En août 1972, quatre mois après les premiers cas, les flacons sont retirés de la vente. Au total, cet accident industriel provoquera la mort de 36 bébés, 224 intoxications, dont 8 entraînant une infirmité totale. Les parents déposent plainte, et le ministère de la Santé se porte partie civile. Sur le banc des accusés : le fabricant du talc et la société de conditionnement.
Quatre années d'enquête sont nécessaires pour retracer le processus d'intoxication : lors du conditionnement, le surplus de talc avait été récupéré dans un fût contenant un fond d'hexachlorophène destiné à une autre utilisation. Le talc avait ensuite été réintroduit dans la chaîne de fabrication.
Givaudan, qui commercialise l'hexachlorophène en France, tente d'étouffer l'affaire, en proposant aux victimes, en échange du retrait des plaintes, une indemnisation que beaucoup accepteront.
Le procès s'ouvre devant le tribunal correctionnel de Pontoise en octobre 1979. Les firmes impliquées réfutent les expertises et font porter la responsabilité à un ouvrier.
En 1981, François Mitterrand amnistie définitivement tous les inculpés. Ce n'est en 1991, près de vingt ans après les faits, que les familles, qui n'ont cessé de crier à l'injustice, seront indemnisées par l'Etat.
Stéphanie Thonnet
Première diffusion : mars 2007. Rediffusion vendredi 15 août 2008 à 12:45 (hertzien et TNT).
Durée : 50' Auteure et réalisateur : Ludovic Tac Production : Bonne pioche / 13e rue Année : 2006
Une affaire qui a fait jurisprudence
A l'époque du scandale du talc contaminé, la législation n'imposait aucun contrôle sur la fabrication des cosmétiques. Depuis 1975, une loi réglemente leur fabrication et rend obligatoires l'étiquetage et la traçabilité des lots. Désormais, la mise en danger de la vie d'autrui est une infraction, et le fabricant tenu pour responsable de son produit.
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